Life

(…it eats you up)

Après un temps relatif de quasi-disparition dans le cinéma mainstream, surtout dans les années 2000, on remarque dernièrement une certaine résurgence du film de SF avec des scientifiques dedans, dans la tradition des Contact et autres Apollo 13. Entre les récents Interstellar, Gravity, The Martian, Arrival, Ex Machina, ou les derniers efforts de Ridley Scott sur sa saga Alien (le débile mais plaisant Prometheus et le tout frais Alien Covenant qui s’annonce dans la même veine), on peut dire que les amateurs de fiction d’anticipation spatiale sont servis ; même si le QI moyen des scientifiques peuplant ces différents métrages est souvent très fluctuant.

Life étant le dernier en date sur ce créneau, il s’inspire d’à peu près tout ce qui est venu avant. Le synopsis est simple : une capsule arrive sur la Station Spatiale Internationale, avec en son sein des morceaux de roche en provenance de Mars et ce qui s’avère être les premiers échantillons de vie extraterrestre. Une fois à bord de la station, le biologiste de service se met au travail et réussit à réactiver cette forme de vie qui finit par se développer à vitesse éclair. Sauf que voilà, forcément, après un incident quelconque (sûrement Jojo qui a encore oublié de débrancher la cafetière) la créature se met en sommeil profond, ce qui prompte donc le biologiste susmentionné à tenter de la réveiller à coup de décharges électriques. La bonne idée que voilà.

Et si vous avez vu ne serais-ce qu’un film de ce genre dans votre vie, vous savez exactement vers quoi on se dirige, la créature commençant suite à cet incident à se développer de plus en plus, tout en attaquant un peu tout et n’importe qui sur le vaisseau, et forcément très vite c’est la mouise.

On pense en premier lieu (évidemment) à une variation sur Alien, mais où le fonctionnement de la bestiole rappellerait plutôt une sorte d’infection ou de virus, que les scientifiques du vaisseau tentent de contenir. Mais c’est sans compter sur les capacités d’adaptation du machin, capable entre autres de retenir sa respiration et ainsi de survivre au vide de l’espace et de se déplacer en gravité zéro presque comme un poisson dans l’eau. Je passe sur les prouesses intellectuelles qui font qu’il sait exactement par où passer pour atteindre n’importe quel point du vaisseau ; et tout ça en ressemblant à une sorte d’amibe semi-transparente puis, dans la seconde partie du film, à un croisement entre l’un des aliens de Edge of Tomorrow, la plante carnivore de Little Shop of Horrors et un monstre à tentacules lambda sorti tout droit d’un hentai.

Tous les personnages sans exception ont une caractérisation anémique, ce qui n’est pas forcément un problème dans ce genre de film où il y a économie de temps afin de laisser la place au gros du métrage, c’est à dire le combat contre l’alien. Là où on reconnaît un bon film d’un mauvais c’est aussi que dans un temps à peu près aussi court, des films comme The Thing ou Alien (Aliens aussi, d’ailleurs) parvenaient à donner tout de même une idée de la personnalité de chaque membre de l’équipage malgré le peu de répliques de chacun.

Côté jeu d’acteur on est donc dans du minimum syndical, même si la grande majorité s’en sortent pas trop mal on sent bien qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas vraiment en train de déclamer du Shakespeare. Ryan Reynolds est toujours aussi mou, inexpressif et joue toujours comme si on lui avait demandé de faire sa meilleure imitation de Norman Bates, et ce malgré le fait qu’il joue en face de Jake Gyllenhaal qui est ici un astronaute nihiliste, désabusé et fatigué de la condition humaine, volontairement froid et distant ; et malgré cela il réussit l’exploit de faire plus humain que Reynolds à l’écran, c’est dire. Rebecca Fergusson confirme la bonne impression qu’elle donnait dans Mission Impossible Rogue Nation, même si son personnage est ici totalement dénué du moindre détail personnel (ou alors c’est tellement fulgurant que je les ai complètement loupés).

Niveau réalisation c’est du même tonneau, rien qui saute aux yeux de nullité mais rien de bien notable non plus. Le film se déroulant en très grande majorité en gravité zéro, le réalisateur use et abuse des angles de caméras en biais et des rotations alambiquées, ce qui donne une jolie impression de flottement qui retranscrit plutôt bien l’impression d’apesanteur. Rien qui n’ait été déjà vu mais ça reste bien fait et à aucun moment l’artifice ne se fait trop sentir. Certains choix sont en revanche assez discutables, comme la volonté de ne pas montrer certaines choses : en premier lieu, l’arrimage de la capsule venant de Mars au début du film, complètement hors champ pour des raisons plus que floues (budget ?) ; ou encore l’arrivée très bizarrement filmée d’une capsule de sauvetage dont on ne voit jamais les occupants, et la scène qui s’en suit dont on arrive pas à savoir si le fait qu’elle soit illisible et brouillonne est fait pour coller à la détresse des personnages où si elle est tout bonnement très mal filmée. Enfin le réalisateur semble particulièrement affectionner les plans à travers des surfaces transparentes : certes l’environnement de l’ISS est truffé de hublots et de vitres mais le nombre de scènes que l’on entrevoit de l’autre côté d’un sas, d’une porte transparente, d’un moniteur translucide ou d’une gigantesque baie vitrée est assez nombreux pour être noté, et amène une sorte de thème de l’observation, comme si nous n’étions finalement que des scientifiques scrutant à travers un microscope le contenu d’une gigantesque boîte de pétri.

Au final, Life pêche surtout par son gros manque d’inspiration et d’originalité, ce qui se traduit principalement par une incapacité totale à surprendre le spectateur tout le long du film. J’ai beau être bon public et facilement transporté dans l’univers d’un film, mais de bout en bout on est tout simplement jamais surpris par le déroulement des évènements, et chaque scène, chaque dialogue, chaque jump scare s’enchaîne sans véritable surprise, à un rythme calculé faisant presque plus penser à un épisode de série télé lambda qu’à une production Hollywoodienne. Même tout en y mettant la bonne volonté du monde, l’ennui se fait ainsi cruellement ressentir. Il n’y a pourtant à proprement parler aucun vrai gros faux pas dans cette petite production sympathique, mais ce serait presque son plus gros défaut : ni assez bon pour être réellement intrigant et novateur, ni assez incompétent pour être drôle par accident, Life se révèle au final aussi parfaitement médiocre qu’il est oubliable.

Alex.


Life, réalisé par Daniel Espinosa, scénario de Rhett Reese et Paul Wernick, produit par David Ellison, Dana Goldberg, Bonnie Curtis, Julie Lynn…

Interprétation : Rebecca Ferguson, Jake Gyllenhaal, Hiroyuki Sanada, Ariyon Bakare, Olga Dihovichnaya, Ryan Reynolds…

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