The Voices

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La thérapie du vide

The Voices est un drôle d’objet. Non pas tant qu’il est drôle en soi, mais que c’est un film vraiment étrange, qu’on se demande un peu ce qu’il fout là, à quoi il sert et pourquoi il existe. Bon, bien sûr on pourrait donner des raisons, le fait que les succès encore relativement récents de Shaun of the Dead ou encore Bienvenue à Zombieland font que dans la tête des exécutifs hollywoodiens il y a plus de place sur le marché pour des comédies d’horreur que pour de véritables films d’horreur. Tout ceci n’excuse pourtant pas le fait que le film en soi soit si peu intéressant, et ce malgré un chat et un chien qui parlent.

L’histoire en quelques mots : on suit Jerry (très très fade Ryan Joceline, ah non merde c’est l’autre qui lui ressemble … Ryan Reynolds donc, enfin je crois) employé modèle d’une entreprise qui fabrique des baignoires, entreprise basée dans une ville paumée au fin fond de l’Amérique profonde. Une ville ou on se fait grandement chier le dimanche, et ou les attractions les plus palpitantes sont un bar à karaoké et un restaurant chinois proposant comme spectacle chaque soir un Elvis asiatique et très gominé.

Pour parachever le tout, Jerry est schizophrène, il entend des voix, personnifiées à travers son chat (Mr. Whiskers) et son chien (Bosco), figures représentant respectivement le diable et l’ange posés sur les épaules de Daffy ou Donald dans d’innombrables cartoons. Il est aussi très amoureux de la nouvelle employée anglaise de la boîte (Gemma Arterton en mode « chronic bitchface »), qui refuse initialement ses avances puis, au détour d’un rencard fortuit qui tourne à la terreur existentielle, se fera finalement tuer puis décapiter par ce dernier pour se retrouver en tête parlante dans son frigo, personnalité additionnelle à rajouter au catalogue.

Ce que le scénariste a bien compris avec The Voices c’est que les comédies horrifiques sont à la mode. Le problème étant qu’elles ont plus souvent pour thème central les zombies, et qu’il y a une raison à cela : les zombies sont faciles à parodier, car ils représentent une peur absente du monde réel (enfin bon, pour l’instant en tout cas). On peut faire rire aisément avec les zombies, car ils restent une menace imaginaire.

Faire rire avec l’histoire atroce et par moments franchement déprimante d’un dangereux psychopathe (avec enfance malheureuse et toute la panoplie habituelle du serial killer), dont la seule échappatoire à sa triste réalité est l’invention d’un monde créé de toutes pièces par son subconscient et le confort qu’il gagne à se parler à lui même à travers ses animaux de compagnie, c’est une autre paire de boutons de manchettes, et aucun nombre de jurons salaces sortis de la bouche d’un chat roux appelé Monsieur Moustache n’y changeront quoi que ce soit.

Et c’est là qu’on touche du doigt le gros, que dis-je, l’énorme problème du film : on veut faire rire, mais on n’y parvient pas ; pire encore, les tentatives de comédie ratent de manière spectaculaire.

La raison principale de cet état de fait étant que le scénariste ne parvient jamais à se décider entre comédie horrifique et pur film d’horreur, optant pour le compromis entre les deux, ce qui ne fonctionne absolument pas et sabote lentement le film de l’intérieur. Les moments de comédie sont certes présents, mais ne parviennent soit pas à inciter chez le spectateur le moindre rire, et sont souvent particulièrement gênants voire intenables tant ils clashent avec le côté horrifique du film et tombent tels des cheveux sur la soupe.

Je ne dis pas que c’est une alchimie totalement impossible à réussir, et d’autres projets y sont déjà parvenus, mais la différence ici se situe dans le placement des éléments comiques dans la structure générale. Nonobstant le fait qu’ils ne soient en soi pas extrêmement drôles de base, il n’y a je pense rien de plus déplacé qu’une tentative de faire rire en plein milieu d’une scène de dépeçage au hachoir à viande.

Sur le tout, quelques bonnes choses surnagent. En premier lieu, la dichotomie entre le monde imaginaire de Jerry, et la réalité que l’on ne perçoit que par bribes, notamment lors d’une terrifiante scène de réveil après qu’il ait pris des médicaments lui permettant de stopper ses visions : tout le film jusque là ayant une atmosphère irréelle, aux couleurs saturées et aux reflets lumineux omniprésents, cet instant bref de retour à la réalité crade, terne et poisseuse, est particulièrement saisissant et permet pendant un rare moment (peut-être le seul du film) de se placer dans la peau du personnage principal de manière bien plus frappante que n’y parvient le reste du film.

Les acteurs sont de manière générale assez fades, mention spéciale au personnage principal tellement transparent et neutre qu’il ne parvient à aucun moment à faire passer la moindre émotion. Une performance complètement hallucinée à la manière d’un Nicolas Cage aurait certainement rendue le film plus ouvertement débile mais l’aurait sans doute sauvé de sa passivité glauque. Ici point de salut.

Reste quand même à se poser la question de la participation de la géniale Marjane Satrapi à tout ce fatras, tant il est quasiment impossible de déceler dans le film la patte de la créatrice de Persépolis, Poulet aux prunes et Broderies… La réalisation est adéquate mais souffre d’un certain manque de personnalité, qui se ressent d’autant plus que le script paraît à mille lieues de l’univers et des préoccupations habituelles de l’un des auteurs de BD les plus doués de sa génération. Je ne dis pas qu’il faut toujours rester statique créativement parlant, bien au contraire, mais lorsqu’on est de manière générale habituée aux récits initiatiques et semi-autobiographiques ainsi qu’aux drames familiaux, passer directement à un film d’horreur semi-comique écrit par le scénariste ayant pour seul honneur préalable d’avoir commis Paranormal Activity 2 ressemble moins à un choix créatif conscient qu’à une décision prise à deux heures du matin par un producteur hollywoodien sous coke.

The Voices est donc un ratage quasi total qui ne fait clairement pas honneur au talent de sa réalisatrice, un ratage non pas parce que c’est un film de comité ou une énimème suite de franchise décérébrée, mais parce que c’est l’exécution malheureuse d’une idée de départ moyenne, qui aurait pu donner un film passable avec le bon mélange d’ingrédients mais qui au final écœure par manque de discernement dans le dosage des quantités et l’ordre des étapes. Un peu comme faire un gâteau en commençant par le glaçage et en finissant par les œufs : ça peut apparaître comme une idée intéressante et innovante sur le papier, mais une fois le tout fini, on a plutôt droit à une soupe infâme.

Alex.


The Voices, réalisé par Marjane Satrapi, scénario de Michael R. Perry, produit par Matthew Rhodes, Adi Shankar, Roy Lee…

Interprétation : Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick, Jacki Weaver…

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