Paradise Lost

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Lettre ouverte à Monsieur Di Stefano ou pourquoi ça aurait été dommage de faire un bon film.

Je plaçais beaucoup beaucoup d’espoir dans Paradise Lost. Parce que y’avait Benicio del Toro et que je comptais sur Josh Hutcherson pour nous prouver qu’il n’était pas que le type au nom de sandwich dans Hunger Games (un cadeau pour celui qui comprend la référence). Parce qu’il s’agissait d’un film sur Pablo Escobar et que putain, si tu trouves pas moyen de faire un film de OUF avec ça, c’est que t’es manchot et complètement con. Parce que j’aime les biopics et parce que je trouve que le milieu de la drogue et de la corruption en Amérique Latine est un sujet fascinant dont on devrait parler plus souvent et qui ouvre des centaines voire des milliers de perspectives de films.

Mais alors, celle-là, je l’avais pas vue venir.

Dites adieu au biopic, et bonjour à la storyline complètement foireuse et capillotractée. C’était comme si on vous promettait un gâteau au chocolat (avec BEAUCOUP de chocolat dedans) et qu’en le coupant vous vous rendiez compte que c’était une génoise nature spongieuse.

Pourtant, paradoxalement, ladite génoise est plutôt savoureuse, honnêtement. Dire que je n’ai pas aimé Paradise Lost serait mentir. C’était même plutôt bien si ça n’avait pas été vendu comme un film sur Pablo Escobar.

Bon, je vous la fais rapide, pour ceux qui sont perdus. Pablo Escobar est un magnat de la drogue qui a sévi en Colombie des années 70 jusqu’aux années 90, en 1993 pour être exact, année de sa mort. Il a fait fortune en exportant de la drogue aux États Unis et notamment en étendant son contrôle sur l’intégralité de la chaîne de production de la drogue. Sa fortune, il s’en est servi pour faire le bien : satisfaire ses ambitions, ses plaisirs de collectionneur de voitures ou d’animaux exotiques, pour s’assurer que sa famille ne manquerait jamais de rien mais aussi et surtout, plus de la moitié de sa fortune est passée dans son engagement pour améliorer la vie des populations pauvres de Colombie. Il a fait construire des hôpitaux, des écoles, des logements ou encore des terrains de foot pour les plus démunis de la région de Medellin, sa ville QG. Il faisait également distribuer de la nourriture aux sans-abris. Bref, il était vu comme un bienfaiteur en dépit de ses activités criminelles par les plus pauvres de Colombie. Il s’est même engagé dans la politique pour faciliter sa tâche.

En parallèle, évidemment, c’était un sale type. Il a tué de sa main et fait tuer des centaines de personnes, a organisé des dizaines d’attentats à la voiture piégée, a fait assassiner de nombreux membres du gouvernement ou de la police, s’est échappé de prison etc… Et puis bon, il a fait fortune sur la cocaïne hein. Pas exactement un business d’enfant de chœur.

Bref, Pablo Escobar, c’est une figure emblématique en Colombie, que ce soit du côté criminel « ne faites pas ça c’est mal » ou comme figure admirée en tant que « Robin des Bois colombien » (oui oui).

Paradise Lost, le film, sort quasi en parallèle d’un livre écrit par le fils d’Escobar « Pablo Escobar, Mon père », destiné à exposer au public le portrait de celui qui fut tout autant un criminel qu’un père de famille bon, aimant, dévoué et plein de bon sens et de bons conseils, détournant ses enfants du mauvais chemin que lui-même avait emprunté.

Et en ce sens, Paradise Lost EST un bon film. Le peu de minutes consacrées réellement à Escobar souligne extrêmement bien la dualité de l’homme, sa capacité à faire assassiner de sang-froid ses propres hommes tout en faisant la lecture à sa petite fille de 6 ans, ou à quel point il aimait sa famille.

C’est tout le package autour qui foire.

En effet, pourquoi diantre Andrea Di Stefano a-t-il jugé indispensable de créer le personnage de Nick, petit blanc canadien tombé par hasard dans le merdier d’Escobar en tombant amoureux de la nièce du type, Maria ? Pourquoi, d’ailleurs, se sentir obligé de créer de toute pièce une histoire d’amour chiante et pas originale pour le seul et unique plaisir d’essayer d’émouvoir le spectateur ? Pourquoi, quitte à insérer à tout prix un personnage fictif, avoir choisi parmi les douzaines de choix possibles, un héros immigré (ahem) et blanc ?

POURQUOI, monsieur Di Stefano, avez-vous jugé qu’il était indispensable pour que votre film marche que le héros soit issu de la culture majoritaire à qui vous destiniez votre film ? Avez-vous si peu foi en la race humaine que choisir n’importe lequel de ces pauvres Colombiens destinés à mourir de la main d’Escobar comme héros vous ait fait penser que personne n’y trouverait l’empathie nécessaire à rendre votre film poignant ? Avez-vous seulement conscience, monsieur Di Stefano, qu’en insérant de façon aussi peu subtile un personnage fictif parfaitement blanc, caucasien et chrétien, vous affichiez ici un signe criant de racisme non avoué, la personnification même de la discrimination latente dans le cinéma Hollywoodien ?

Car oui, c’est bien de ça qu’il s’agit. Vous pouvez nier, et me le prouver au travers des fameux « quotas » requis par l’industrie audiovisuelle américaine en termes de présence des minorités ethniques à l’écran, mais c’est justement l’existence de ces quotas qui rend si flagrante l’existence de ce fameux racisme. Parce que voyez-vous, chers magnats du cinéma, si ce racisme n’existait pas, si on représentait de façon vraiment égale les gens à l’écran, si on ne se basait que sur le talent d’un acteur pour lui accorder un rôle et non pas sur son génotype, croyez-moi bien que ces quotas seraient parfaitement inutiles.

Et l’insertion du personnage de Nick dans un film se passant exclusivement en Colombie est vraiment une erreur pathétique dans la réalisation de ce film. Parce que, en plus, ça n’apporte rien.

Je ne vois pas pourquoi je compatirais plus avec lui, en le sachant totalement fictif, juste parce qu’il est blanc, s’appelle Nick, et n’a rien demandé à personne. Pourquoi Maria ne pouvait-elle pas tomber amoureuse d’un colombien plutôt pauvre qui idolâtre Escobar et apprend à connaître l’homme derrière le mythe et voit ses espoirs s’effondrer ? Pourquoi ne pouvait-on pas juste suivre Escobar lui-même ? Pourquoi sa nièce et ses histoires minables, pourquoi Nick et son balourd de frère qui ne servent à rien d’autre qu’à être prétexte pour tout le reste ?

Mon dieu, c’était maladroit. Montrer que les ennemis des amis d’Escobar se faisaient descendre en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, en éliminant la petite bande de crétins qui emmerdent Nickounet et son frérot. Montrer qu’on ne peut pas échapper à Escobar en faisant assassiner la famille du frérot rentrée en Amérique. Ouah.

Et donc, encore une fois, ça, ça ne pouvait pas arriver à un autre type qu’un canadien blanc venu surfer (sic) en Colombie ?

Putain, ça me rend malade. Ça me rend malade parce que ça a ruiné tout le film. On s’en fout, monsieur Di Stefano, de Nick l’inconnu qui n’a jamais existé. On s’en fout de son histoire d’amour avec la nana. On s’en fout de la nana, d’ailleurs. On s’en fout de tout ça.

Vous vouliez montrer la puissance, la violence et la dualité de Pablo Escobar. Bravo, bonne idée. Mais POURQUOI, encore une fois, POURQUOI comme ça ? Ne voyiez-vous vraiment AUCUNE autre solution ? Parce que moi, j’en vois une bonne vingtaine et aucune n’impliquait d’ajouter un personnage cliché à la story-line.

Un simple biopic aurait pu faire l’affaire, Monsieur Di Stefano. N’importe quoi aurait bien mieux servi vos intérêts, d’ailleurs.

Et c’est triste parce que du coup, je me retrouve à faire une critique très longue en m’acharnant uniquement sur ce point, parce que oui, Monsieur Di Stefano, il n’y a absolument rien d’autre à dire sur votre film tant vous avez réussi à gâcher un sujet aussi riche et prometteur que celui de Pablo Escobar.

On aurait pu vous pardonner, vous savez, si au moins le tout avait été bien mené, bien réalisé. Vous aviez l’occasion de faire des trucs chouettes avec l’environnement colombien des années 80/90. Mais non, ça aussi c’était trop demander. Vous auriez même pu essayer de vous rattraper sur la musique. Ou la réalisation. Mais apparemment et vos oreilles et vos mains étaient trop occupées à autre chose pour songer à se mettre au service de votre médiocre métrage.

Je n’ai pas passé un mauvais moment devant votre film, Monsieur Di Stefano. Il y a même quelques scènes que je trouve très puissantes, surtout à partir du moment où Nick comprend qu’il va se faire buter (et j’apprécie le fait qu’il se fasse finalement buter, en effet, merci de n’avoir pas cédé à la facilité en me collant en plus un happy end, je n’aurais pas supporté) et que se lance la course poursuite contre la mort.

Mais je ne vous tire pas mon chapeau pour autant et je ne conseillerais pas votre film non plus. À part peut-être pour dire au monde entier que Josh Hutcherson a bel et bien prouvé qu’il n’était pas du tout le type au nom de sandwich de Hunger Games mais bien un excellent jeune acteur. D’ailleurs, pour être franche, si ce n’avait pas été lui qui avait joué Nick, j’aurais probablement juste détesté Paradise Lost.

Vous aviez milles et une porte à enfoncer pour faire de Paradise Lost LE film que tout le monde attendait sur la question. Mais vous, vous avez choisi de creuser un tunnel sous les portes et de passer à côté de tout ce qui aurait pu être bien.

Alors au pire, bravo pour le casting, zéro pour le scénario, Monsieur Di Stefano.

Amy.


Paradise Lost; écrit et réalisé par Andrea Di Stefano, produit par Dimitri Rassam. Distribué par Pathé.

Avec Benicio Del Toro, Josh Hutcherson.

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