Equalizer

5minreview

The_Equalizer

Venez chez Castorama, leurs vendeurs sont cools.

Il existe une catégorie de films qui semble être destinée à un cycle de vie très spécifique : juste assez peu mémorables pour qu’on en ai oublié la grande majorité une fois sortis de la salle mais juste assez mémorables pour qu’on se dise quelques années après « tiens ça repasse ça, c’était pas mal je crois non ? ». Le genre de truc qui a droit à des rediffusions périodiques sur TF1 tous les deux ans, juste pile le temps qu’il faut pour qu’on ait oublié que ça existe mais que l’on ait envie de le revoir en retombant dessus au détour de la grille des programmes télé.

Equalizer est un film on nous dit adapté apparemment très librement d’une série des années 80. Encore une fois, je suppose sans doute que c’est pour capitaliser sur le nom, comme l’ont fait par exemple d’autres films récents adaptés de séries des années 80 comme Dark Shadows, 21 Jump Street ou Miami Vice, mais dans le cas présent ou le nom est si peu connu on se demande un peu pourquoi s’emmerder à aller chercher la licence. Tant qu’à faire autant adapter Manimal. (NB: à quand une adaptation en film de Manimal ? Réfléchis-y Hollywood, y a du morphing et tout, ça peut être drôle.)

Dans Boston de nos jours, on suit Denzel Washington, aka. Bob, employé au Castorama du coin, collectionneur de TOCs et superman local (sérieux ce mec c’est le bon samaritain incarné). Un soir alors qu’il est dans son bar préféré en train de lire un de ses livres (d’ailleurs si il en lit un par soir depuis que sa femme est morte, et qu’il n’est pas encore arrivé à 100, elle ne doit pas être morte depuis très longtemps, sauf qu’elle est sensée être morte depuis des années) il se lie d’amitié avec une prostituée russe du quartier. Un soir elle atterrit à l’hopital. Il décide alors d’aller dire deux mots aux pimps russes. Après avoir bien rigolé un moment, comme pris d’un accès de rage soudaine, il les tue tous à la main, là comme ça for the lulz.

S’en suit une partie centrale assez longue ou on apprend entre autres qu’il a en réalité descendu le quart de la mafia russe de Boston, et que ben du coup la mafia russe ils sont pas du tout contents, ils cherchent à savoir qui c’est qui a fait le coup. De son côté Bob continue à jouer au superman local (pincer deux flics corrompus, récupérer une bague à une collègue après un hold up au Casto, manque que le chat de Madame Michu coïncé dans l’arbre et on aurait eu le triplé gagnant). Partie centrale qui culmine en la révélation que Bob est un ancien agent d’élite de la CIA qui est « mort ».

Absolument rien de surprenant donc dans ce film qui semble sorti tout droit de Clichéville des années 80, tout y passe. Les méchants très méchants, tous tatoués, qui écoutent du brostep à fond dans leurs grosses bagnoles tunées, qui trempent dans absolument toutes les activités criminelles possibles et inimaginables (prostitution, drogue, armes, traffic d’organes, ils font tout chez Russkof Inc. !), qui sont tous habillés comme des Hell’s Angels du pauvre avec piercings et breloques assorties. Le couple d’anciens amis agents de la CIA (Melissa Leo et Bill Pullman, qui ont tous les deux l’air de se demander ce qu’ils foutent là) chez qui Bob vient chercher des infos sur les mecs qui veulent sa peau. L’unique (ou presque) personnage féminin qui n’est pas tant un personnage qu’une simple motivation à passer à l’action pour ce brave Bob (passage éclair de Chloé Grace Moretz qu’on ne revoit que très vite à la fin). Le gros méchant tellement psychopathe que ça se lit sur son visage à chaque seconde, appuyé par une performance en totale roue libre de l’acteur qui en fait vraiment des tonnes (il trimballe tout le film une expression comme si il venait d’avaler un citron entier).

Reste une performance bien réussie de Denzel Washington. Difficile de faire passer sans dialogues, sans parole presque, un personnage, mais il parvient à donner une dimension presque sympathique à ce fameux Bob, ex agent de la CIA à qui ses troubles obsessionnels compulsifs semblent donner ses abilités quasi-surhumaines. Il est aussi très crédible lors des scènes d’action, beaucoup plus qu’un Liam Neeson par exemple : on notera en particulier la très bonne séquence finale dans le Castorama ou il se sert d’outils de jardinage et de bricolage divers comme armes improvisées pour se débarasser des méchants russes qui sont venus le chercher sur son turf. Pendaison express au fil barbelé et au sac de ciment ? Check. Vérification de l’équation « perceuse + cerveau = boum » ? Check. Crucifixion au lance clous ? Check. Cette violence absurde, presque cartoonesque au bout d’un moment, sorte de point d’orgue du film, finit de renforcer l’ambiguïté du personnage central, qui serait presque aussi psychotique que les ennemis qu’il combat.

Seulement on ne s’interroge jamais là dessus, nan on est pas là pour se lancer dans de grandes interrogations sur la psychologie des personnages. Le but c’est de remplir les salles et de faire bouffer du pop corn, point.

The Equalizer est donc un film moyen mais à la rigueur plaisant. Réalisation impersonnelle mais propre. Musique insipide mais efficace. Scénario bateau, utilitaire jusqu’à la moelle, bourré de clichés, qui semble être un patchwork de tout un tas de trucs, comme une recette de cuisine (ajoutez trois cuillères à soupe de Taken, deux pincées de…) minutée mais sans saveur. Denzel Washington flotte au milieu de tout ça et s’en sort avec un minimum de dignité, mais on aimerait bien le voir dans un film plus réussi. En bref, c’est gentil, mais ça vole pas haut.

Alex.


The Equalizer, réalisé par Antoine Fuqua, scénario de Richard Wenk, produit par Todd Black, Jason Blumenthal, Denzel Washington…

Interprétation : Denzel Washington, Chloé Grace Moretz, Martin Csokas, Melissa Leo, Bill Pullman, Haley Bennett, Johnny Skourtis, David Harbour…

 

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