Avant d’aller dormir

Before_i_go_to_sleep

Chloroforme et vieille flanelle

Prenez la bande dessinée « Durant les travaux l’exposition continue », une excellente bd de Clarke et Midam disponible actuellement sous le titre (nettement moins flamboyant) « Histoires à lunettes ». Il y a dans cette bd un gag récurrent mettant en scène un amnésique et un dictaphone. Chacune de ces planches commence de la même façon, avec un premier dessin représentant l’amnésique se réveillant le matin avec punaisé près de son lit un mot affichant une variation sur le thème de « Allume ce dictaphone », une flèche pointant sur l’objet en question posé en évidence sur la table de chevet. L’amnésique oubliant tout durant la nuit, il écoute à chaque fois ce dictaphone qui lui indique son nom, son occupation, etc.

Je me suis retrouvé à penser pas mal à ce scénario durant le visionnage de ce film, et également à quel point ces gags étaient immensément plus inventifs que ce que j’avais présentement devant mes yeux.

Avant d’aller dormir met en scène Christine Lucas, une amnésique qui se réveille tout les matins ayant oublié jusqu’à son nom, et qui se voit proposer par un neurologiste d’enregistrer un journal vidéo afin d’aider peut être à recouvrir sa mémoire. Elle cache ce journal à son mari, sa relation avec le médecin n’étant pas connue du conjoint. Peu à peu elle découvre qu’on lui cache des choses, et que sa vie n’est peut être pas aussi simple et guidée qu’elle pourrait paraître au premier abord. Des circonstances de son accident menant à son amnésie, jusqu’aux relations avec ses proches, tout est sujet à interrogations.

Une idée sympa donc. Pas incroyable, trimballant un air de déjà vu, mais un truc qui, entre de bonnes mains, pourrait donner un film bien ficelé, un joli thriller classe et intrigant, avec des airs de DePalma ou même un petit parfum Hitchcockien. Ce qui manquait peut être, c’était de la motivation. Et un bon réalisateur aussi.

On l’aura certainement remarqué, dans tout bon Agatha Christie (ou bonne copie d’Agatha Christie) qui se respecte, tout l’intérêt d’une histoire à tiroirs ou l’on soupçonne tout et tout le monde, c’est qu’il y a en général pas mal de monde à suspecter : le cousin bourlingueur revenu d’un pays lointain et bigarré avec des trucs qui ressemblent vachement à des flèches empoisonnées dans ses bagages, le maître d’hôtel un peu trop droit comme un piquet pour être honnête qui a tendance à forcer sur la bibine quand il est seul au cellier, la belle sœur pas claire qui a souvent de drôles de lubies et un soudain intérêt pour le golf, un ami très fidèle et au dessus de tout soupçon qui agit bizarrement dès qu’on lui parle de ce fameux été 1967 quand ils ont tous été au bord de la mer dans cette baraque un peu branlante mais si bien située près de la falaise… Je passe sur les domestiques, les vagues connaissances et les voisins envieux.

Alors non il n’y a pas de meurtre, elle cherche juste à savoir quelle était sa vie avant qu’elle ne devienne amnésique, sauf que dans ce genre de films, à moins que le scénariste ne soit un abruti complet, le « coupable » ou tout du moins la personne responsable des événements qu’on voit qui se passent dans le scénario qu’on a déroulé devant nos yeux est, logiquement, un personnage qui nous a déjà été introduit auparavant. Sinon ça n’a pas de sens. Le truc c’est que quand le nombre de « suspects » possibles se trouve réduit à très exactement deux, ça devient tout de suite moins palpitant.

Les deux mickeys en question ce sont les têtes d’affiche Colin Firth dans le rôle du mari (bien entendu pas clair du tout du tout) et Mark Strong dans le rôle du docteur chauve sexy (que on sait pas trop quand est-ce qu’il va faire faire à Hippocrate des loopings dans sa tombe mais on se doute que ça va bien finir par arriver à un moment ou à un autre non ?).

Bien entendu le film tente vaguement de nous feinter en milieu de métrage en nous faisant croire que peut être que le docteur très sexy et très chauve serait peut être le grand méchant qui a attaqué sauvagement Christine et qui serait la cause de l’amnésie hou le méchant. Mais en fait non, c’est bien l’autre, comme on se le disait depuis le début.

C’est quand même assez désolant voire pathétique pour un film comme ça de ne parvenir à aucun moment à faire peur ni même à surprendre. Pourtant ce n’est pas faute d’essayer, le scénario comporte plus de twists qu’une route de haute montagne et l’on a tenté tant bien que mal d’insuffler au tout une atmosphère menaçante par le biais de jump scares mollassonnes et autres artifices primaires (tiens tu l’as entendu mon gros coup de violon ? moi je sais manier un orchestre symphonique, moi, coco) déjà franchement rances il y a une dizaine d’années, et qui je dirais même n’ont peut être jamais été très intéressants. À défaut d’être intéressants ils pourraient au moins être efficaces, instaurer un rythme, une sorte de scansion (comme dans L’antre de la folie par exemple), mais les tentatives de faire peur sont tellement disparates et diluées dans des scènes qui ne sont que très moyennement intéressantes que quand elles surgissent, elles ne réussissent au final qu’à tomber très à plat.

Reste que les acteurs, pas excellents, relèvent comme ils peuvent le niveau. Mark Strong a ce physique très particulier à mi-chemin entre type attentionné et psychopathe latent qui sied bien au personnage, et qui fait qu’il sait jouer aussi bien les gars gentils et les gros connards (cf. John Carter), un peu au même titre qu’Alan Cumming par exemple. Nicole Kidman montre, quand elle lâche le botox trois secondes (arrête Nicole, à quoi bon vouloir ressembler à un poisson bulle, franchement ?), qu’elle sait toujours extrêmement bien camper des personnages très variés, même lorsqu’il y a peu à faire, et réussit à appliquer une certaine grâce à cette femme en équilibre entre deux âges, continuellement en quête de repères. Reste que Colin Firth cache ici très mal son côté « obviously evil », et qu’il est sans doute plus à l’aise dans les rôles bonhommes et joviaux qu’ici ou il tire continuellement une gueule comme si le cameraman venait de lâcher une caisse. Gageons qu’il sera meilleur dans le prochain Woody Allen (ou il jouera, vraisemblablement, Woody Allen à la place de Woody Allen).

Quoi qu’il en soit il paraît que le roman est mieux. À priori ça ne me semble pas très difficile, je dirais. Donc si l’idée de base vous plaît bien, achetez plutôt le roman. Je pense, même sans l’avoir lu, que ce doit être une meilleure expérience que cette adaptation quelque peu … soporifique.

Quoi, fallait bien un jeu de mots sur le sommeil non ?

Alex.


Before I Go to Sleep (Avant d’aller dormir), réalisé par Rowan Joffé, scénario de Rowan Joffé d’après le roman de S. J. Watson, produit par Avi Lerner et Ridley Scott.

Interprétation : Nicole Kidman, Colin Firth, Mark Strong, Anne-Marie Duff…

 

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