Maintenant ou jamais

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Les yeux ouverts

Comment parler d’un film comme « Maintenant ou jamais » ? Un film sans enjeux, sans véritable ambition, un film avec un pitch pas inintéressant mais sans vraiment d’histoire à raconter, sans message, sans idée… Un film qui ferait du surplace en somme.

Le scénario en deux mots, c’est un couple, parisien, deux enfants, elle donne des leçons de piano, il travaille dans une banque. Ils gagnent bien leur vie, rêvent d’évasion, d’une vie tranquille à la campagne loin du tumulte de la ville. Puis il perd son job. Et d’un coup leurs projets se pètent la gueule, la maison qu’ils ont commencé à faire construire en banlieue parisienne huppée menace d’être saisie et vu qu’ils ont fait des crédits pour tout ben ils sont un peu dans la merde en fait.

Face à cela, Juliette (jouée par Leïla Bekhti) décide de prendre les choses en main : après avoir retrouvé un malfrat de bas étage (et un peu bas de plafond) qui lui avait chourré son sac à main quelques jours auparavant, elle décide de s’associer avec lui pour voler la banque ou travaillait son mari.

De cette idée de départ pourtant sympathique, découle néanmoins un film qui parait démesurément long alors qu’il ne fait qu’une heure et demie : lourd, ampoulé, souvent appuyé mais paradoxalement complètement apathique. Pourtant à partir de ce scénario à la Breaking Bad (personne lambda décide de s’allier avec une petite frappe pour gagner du fric illégalement afin de mettre sa famille à l’abri du besoin) il y avait moyen de faire quelque chose de plus intéressant que ça. De plus rythmé, certainement.

Ce qui plombe particulièrement le métrage, au delà du scénario dont la partie centrale dilue à l’extrême son propos, se répétant et remâchant quasiment la même scène en boucle avec une insistance lancinante, ce sont les dialogues.

Un rapide tour sur imdb m’apprend que Serge Frydman, scénariste et réalisateur de ce métrage (dont c’est le deuxième film en tant que metteur en scène) était auparavant un habitué de Patrice Leconte, pour qui il a signé plusieurs scénarios. On va dire que je ne suis pas surpris.

Car tous les dialogues sont écrits dans cet espèce d’agaçant style pseudo-réalistico-terre à terre, ou tous les personnages forcent ce style de langage ultra relâché (avec des contractions partout), pour bien insister sur le fait que ce sont des gens « comme nous », « proches du public », etc, genre Vis ma Vie. Au lieu de ça on se retrouve avec des échanges qui sonnent extrêmement faux, creux, vains et vides. Le personnage du mari (tellement transparent et unidimensionnel que j’en ai oublié le nom) est probablement le plus représentatif du phénomène, jouant sans cesse sur la même corde, abusant de ce même style de parlé faux réaliste tant et si bien qu’on le croit sorti de Plus Belle la Vie : prenant sa femme par les épaules, la secouant comme un maraca en lui serinant « je ne pourrais pas vivre sans toi ! » et autres platitudes dégoulinantes de pathos.

Il faut dire que question jeu d’acteur le niveau est assez abyssal. Le mari est égalé à son petit jeu uniquement par le malfrat (incarné par Nicolas Duvauchelle, pourtant entr’aperçu notamment chez Resnais dans l’excellent Les Herbes Folles), lui aussi tout autant carton pâte que son comparse. Il est supposé jouer cet espèce de type un peu endurci par la vie, bad boy rugueux à l’extérieur mais au cœur tendre, archétype déjà rebattu cent-mille fois, qu’il décide ici d’incarner en gardant la même expression de chiot constipé pendant tout le film.

Pourtant tout n’est pas raté… Techniquement, c’est bien fait, même pas trop mal filmé à la rigueur. La réalisation est très impersonnelle, mais quelques beaux plans surgissent parfois… Serge Frydman filme des lieux très (trop ?) ordinaires, monotones, monochromes, de manière très peu élégante (on est très loin de Bird People, par exemple) mais qui sied étonnamment bien au sujet.

Et, surnageant au milieu de tout ce fatras, Leïla Bekhti tire assez finement son épingle du jeu. Par petites touches, discrètement, car malheureusement pas aidée par un script qui ne la gâte pas (elle non plus) au niveau des répliques, elle brille véritablement dans ces moments de silence, ou elle laisse s’exprimer un jeu subtil et assez déconcertant. Elle est la source des plus beaux moments du film, et fait passer la détresse et le questionnement de la situation de manière extra-textuelle, par ces plans ou on la voit au quotidien, le regard perdu dans le vague, et ou l’on devine ce qui s’ourdit en fond, ce qui assaillit son personnage.

Le plus beau plan du film est d’ailleurs un qui intervient peu après la moitié, ou Juliette, venant à peine de quitter son mari sous le faux prétexte d’une leçon de piano, une fois hors de vue, suspend son mouvement en plein milieu d’un escalier menant à une station de métro. La caméra s’arrête alors sur son dos, et le temps se suspend un bref instant, avant qu’elle ne se retourne et prenne le chemin inverse.

Malheureusement ces quelques moments intéressants ne font que mettre en exergue la lourdeur et l’incompétence du reste. Ainsi le film reste sans surprise du début à la fin, pour la simple raison que le réalisateur et scénariste semble avoir une véritable et troublante aversion à la prise de risque. L’on voit alors se dérouler un happy end contrit et sans saveur qui range définitivement ce film dans la catégorie de l’anecdotique.

De plus on serait en droit de se demander, quelle est la morale de cette histoire ? Le crime ne paye pas, sauf quand il paye ? Que braquer des banques ben mine de rien c’est plutôt un bon plan avec peu de conséquences au final ? Que ça pourrait être « sexy », presque ? « Crimes et délits » de Woody Allen avait au moins la conscience de montrer les remords et les doutes survenant après avoir commis l’acte, mais ici le film s’arrête avant de pouvoir élaborer sur cette période. Juste une rapide scène à la fin montrant le couple dans leur nouvelle maison durement acquise (hum) et achetant aux enchères des chandeliers hors de prix. Mais alors quel est le but de tout ceci si finalement on en revient au statu quo, étant donné qu’en plus on est informés que le mari finit par retrouver un job juste avant la scène susdite ?

Car il est véritablement difficile de trouver un but ou même une idée directrice derrière « Maintenant ou jamais ». L’idée la plus pertinente était probablement de chercher à mêler thriller et drame intimiste, mais les deux aspects étant au final ratés (pas assez d’action ni de panache pour en faire un bon thriller, pas d’assez bons dialogues ni de situation réellement poignante pour en faire un bon drame), cela fait qu’on a plus l’impression d’une histoire le cul entre deux chaises qu’autre chose.

Le film aurait pu être fait dans les années 90 ou même 80 et très peu de choses auraient alors été différentes (quelques détails, et encore), et le tout a un feeling « téléfilm TF1 » extrêmement prononcé qui fait qu’on en vient même à se demander qu’est-ce qu’un film comme ça fout dans une salle de cinéma en 2014. Quel est le public ? Quel est l’intérêt ?

Pourquoi faire, pourquoi mettre de l’argent, des ressources, du talent et du temps dans un pareil film aujourd’hui ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Alex.


Maintenant ou jamais : réalisé par Serge Frydman, scénario de Serge Frydman, produit par Philippe Boeffard et Christophe Rossignon.

Interprétation : Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

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