Les Gardiens de la Galaxie

GOTG

Hooked on a feeling

Eh oui, Marvel a encore frappé. Ils ont encore réussi un pari dingue avec un panache et une virtuosité quasi déconcertante. Car si on a pu désormais jauger le succès phénoménal de ce Guardians, il ne faut pas oublier le risque énorme que prenait la compagnie en sortant ce film.

Enfin risque énorme, il ne faudrait pas non plus oublier que c’est de Disney qu’on parle ici, hein. Mais il est également bon de rappeler que Disney est aussi la firme qui a « flanderisé » sa mascotte au point d’en raboter la moindre aspérité tant et si bien que la petite souris n’est désormais guère plus qu’une grosse sphère amorphe un peu molle et très discrète, le dernier sursaut de folie du personnage ayant maintenant bientôt 20 ans (l’hallucinant et très drôle « Runaway Brain »).

On était donc en droit de penser que Marvel, depuis son rachat par Disney et surtout depuis l’échec public cuisant (et injustifié) du magnifique John Carter, ne pourrait s’octroyer aucun écart, aucun pas de côté, confiné à rester aux adaptations de super héros « safe » et déjà connus du grand public par les précédentes adaptations, cantonné à dérouler des suites aux Iron Man et autres Thor ad vitam eternam, dans l’espoir de rassurer les actionnaires…

… ce qui est donc d’autant plus étonnant lorsqu’on se retrouve devant l’objet fini, un vrai petit bijou anarchique, foutraque et par dessus tout incroyablement fun et irrévérencieux. Car si le film n’est pas une réussite totale, tous les problèmes qu’on pourrait lui imputer fondent littéralement comme neige au soleil devant l’immense capital sympathie de ses personnages. Sentiment renforcé par le fait que les personnages en question sont tous d’illustres inconnus.

On le sait depuis Avengers, même si c’était quasi impensable avant, qu’il est possible pour Marvel de faire un film choral avec plusieurs personnages forts, sans que l’un ne tire trop la couverture, et sans que le tout ne se disperse trop. C’était la grosse réussite d’Avengers, magnifiée dans la scène de bataille finale, épique et ambitieuse, mais surtout et par dessus tout lisible et finement réalisée. Et même avec ça en tête, il restait impensable que Guardians soit aussi réussi, soit aussi intéressant et fouillé. On se disait que oui, on sait bien qu’ils savent faire, mais les personnages sont des clampins inconnus au bataillon, et puis c’est pas le même réalisateur, et puis ils n’ont pas eu chacun au minimum un film entier pour se présenter, et…

Et… Et… Et pourtant.

Sur ce point Guardians est peut être une plus grande réussite encore qu’Avengers, car on a tendance à oublier mais le succès d’Avengers reposait aussi sur les films précédents qui étaient déjà des chouchous au box office. Il reposait sur des acteurs déjà connus et appréciés, que ce soit dans les films Marvel ou ailleurs. Il reposait sur le nom de son réalisateur. Mais Guardians arrive, tout frais, tout neuf, avec des acteurs pour la plupart inconnus du grand public (à l’exception de Zoe Saldana), ou totalement méconnaissables (impossible de banker sur le charme de Bradley Cooper ou la musculature de Vin Diesel quand ils sont représentés à l’écran respectivement par un raton laveur et un arbre sur pattes), avec un pitch bizarre et un réalisateur sorti de chez Troma. Comme équipe gagnante on a vu plus classique.

Et le plus drôle c’est que ça marche. La plus grande force du film, comme pour Avengers, est son équipe de personnages, menée bille en tête par un Chris Pratt (Star-Lord) en grande forme et Zoe Saldana (Gamora) en mode action (comme dans Avatar, mais sans la mocap), et épaulés par Bradley Cooper (Rocket Raccoon), Vin Diesel (Groot) et Dave Bautista (Drax). Et à l’exception probable de Drax, il me serait bien difficile de choisir un préféré. Oh bien sûr en ligne tout le monde vous dira Rocket ou Groot parce que ce sont les plus distinctifs du lot physiquement parlant, mais même maintenant, en y repensant, il m’est quasiment impossible de dire avec certitude que tel personnage est moins attachant qu’un autre.

Et en fin de compte, c’est ce qui prévaut dans le film. Chaque personnage a son moment de gloire, son moment épique ou drôle, le film n’a aucun temps mort, n’est jamais ennuyeux ni négatif, parvient à garder tout au long une légèreté et un sens de l’humour communicatif. Il est rare dans les salles aujourd’hui d’avoir un public qui répond si positivement à un film, même dans les comédies, mais ici, cela fonctionnait. Groot, embrochant et balançant cinq brutes dans un couloir, tout ça pour ensuite gratifier le reste de l’équipe (et par extension le spectateur) d’une expression de béatitude profonde, presque zen, est une scène parmi d’autres qui ne peut tout simplement pas laisser de marbre.

Cet exemple d’humour un peu noir, un peu adulte, représente bien le ton du film, pas avare en sous entendus sexuels ou en jeux de mots bien sentis dans ses répliques. Le jeu verbal est renforcé par Drax : sa civilisation a un problème de langage, en cela qu’ils ne comprennent pas les métaphores, et parlent donc de manière très littérale et très franche. Même si c’est aspect est un peu laissé de côté vers la moitié du métrage pour laisser place à l’action, c’est une des nombreuses sources d’humour du film, l’autre principale étant Star-Lord.

C’est par ailleurs un véritable plaisir de voir enfin Chris Pratt sur grand écran, lui qui est un des acteurs les plus doués de Parks and Recreation (même si cette série est la source d’une quantité phénoménale de talent), et qui joue ici peu ou prou le même rôle (en légèrement moins débile quand même), un espèce d’éternel ado joueur et un peu niais, frat boy au cœur tendre et incapable de grandir, le rôle lui va comme un gant.

Au rayon des déceptions, grand cas a été fait de la musique, et là ou la sélection musicale au niveau des chansons est effectivement une grande réussite (pop et rock des années 1970 ou s’entrechoquent pèle-mèle Marvin Gaye, David Bowie ou encore les Jackson 5), au niveau de la partition originale c’est une autre paire de manchettes. C’est peut être même la seule chose que les films Marvel ont à mon avis constamment raté, à l’exception peut être de la partition correcte d’Avengers d’un Silvestri qui s’est décidément bonifié avec le temps (enfin plutôt que la qualité des B.O. a tellement plongé qu’il est par comparaison devenu bien meilleur que son entourage). Ici on se retrouve avec ce tâcheron de Tyler Bates et force est de constater qu’il ne s’arrange pas avec l’âge, c’est toujours aussi bourrin et sans saveur. Putain mais engagez Michael Giacchino, je sais pas, quelque chose quoi. On me fait signe que tout le monde s’en fout à part moi. Bon.

On pourrait également compter le méchant du film, qui à défaut d’être totalement atroce est surtout relativement peu mémorable, ce qui est d’autant plus étonnant qu’il est joué par un Lee Pace en mode LARGE HAM qui surjoue ses répliques à mort, mais paraît au final plus insignifiant que réellement menaçant. C’est peut être aussi lié au fait qu’à chaque fois que Pace apparaît dans un film je ne peux pas m’empêcher de penser qu’au plan suivant on le verra en train de préparer une tarte aux fraises ou de grattouiller un chien à l’aide d’un long bâton, ce qui s’est passé ici aussi et ce malgré la quantité astronomique de maquillage qu’il se trimballe. Pourtant en disant cela je me rends aussi compte que paradoxalement le méchant est parfait pour le film, car il n’est au final pas sensé représenter une véritable menace. Un méchant trop sérieux ou trop sombre aurait déparé dans ce film à l’ambiance définitivement bon enfant.

Mais comme dit plus haut, ces quelques défauts ne parviennent pas à entamer le feeling ultra positif que l’on ressent en sortant de la salle, un quasi sans fautes donc pour Marvel qui a eu décidément une année de fou (surtout en comptant Winter Soldier sorti plus tôt). Le studio démontre ainsi une fois de plus et une bonne fois pour toutes que les super héros sont avant tout faits pour divertir, et semble célébrer la réussite de sa phase 2 avec ce Guardians en forme de gigantesque pied de nez, contrepoint narquois et rieur de la stratégie diamétralement opposée de DC, qui s’est engoncé avec un manque total d’ironie et de mordant dans la voie du « sérieux à tout prix » et qui en a gravement souffert les conséquences, produisant une série de films boursouflés et pesants, déjà datés alors qu’ils n’ont pour la majeure partie même pas dix ans d’âge.

Gageons que Star-Lord, Gamora, Rocket, Groot et Drax resteront, eux, dans les mémoires, et pour de bonnes raisons.

Alex.


Guardians of the Galaxy (Les Gardiens de la Galaxie) : réalisé par James Gunn, scénario de Nicole Perlman et James Gunn, produit par Kevin Feige.

Interprétation : Chris Pratt, Zoe Saldana, Bradley Cooper, Dave Bautista, Vin Diesel, Karen Gillan, Lee Pace, Michael Rooker, Djimon Hounsou, John C. Reilly, Glenn Close, Benicio Del Toro…

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