Les Combattants – Festival de Cannes 2014

Les_Combattants

Ou comment aller au front sans avoir les bonnes armes…

Sans être une énorme fan des films pseudo-intellos sensés nous faire réfléchir sur le sens de la vie ou sa vacuité profonde, j’aime bien, quand vient la saison, m’enfermer dans les salles obscures accompagnée de quelques films issus de la sélection du Festival de Cannes.

Je me méfie toujours. Pour moi, ce petit label n’est en aucun cas gage de qualité. Souvent, ces films sont même sacrément chiants sous couvert de vous faire réapprendre la vie. Mais quelques pépites parviennent toujours à se frayer un chemin vers le succès.

C’est donc dans cet état d’esprit, et parce qu’on m’avait vendu une histoire d’amour, que je suis allée voir « Les Combattants » de Thomas Cailley. Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre non plus. La bande annonce ne révélait pas grand-chose de plus que de belles images.

Le film s’ouvre directement dans une ambiance très particulière, on sent le moment charnière se poser là dès les lumières éteintes. Le héros, Arnaud Labrède, est fils de menuisier-charpentier et a repris la boîte paternelle avec son frère et sa mère après le décès dudit père. Le film commence sur cette mort, et sur l’introduction du métier des protagonistes. Tout de suite, j’ai apprécié ce climat très franc et direct, le ton honnête et épuré adopté par le film, le montage, le cadrage. C’est certes très propre, mais ça donne un côté naturel, authentique, qui sied parfaitement à ce genre de film très « tranche de vie ».

L’histoire débute réellement lorsque l’armée de terre s’invite dans le petit village de bord de mer où vit notre héros, dans le but de recruter des jeunes. Pour le fun, les potes d’Arnaud l’inscrivent à un cours de self-défense où il se fait humilier par une jeune femme, Madeleine, et s’en sort en la mordant. Le détail paraît minime, mais c’est là-dessus que se construira ensuite la relation entre Arnaud et Madeleine, et c’est cette relation qui restera au cœur du métrage.

Concours du hasard ou pirouette scénaristique, le nouveau chantier des Labrède est… chez les parents de la fameuse Madeleine. D’abord très antipathique envers Arnaud (il l’a quand même mordue, le bougre !), elle finira par apprécier ce jeune homme un peu benêt à la franchise désarmante et à la naïveté touchante. Il est humain, au sens très large du terme.

Elle, de son côté, est obsédée par l’idée d’entrer dans l’armée, dans les commandos spéciaux. Sa raison ? Apprendre à survivre à la fin du monde.

Elle est un peu (complètement) barge et s’entraîne pour cela tous les jours. Elle s’engagera alors au stage d’initiation proposée par l’armée pendant l’été, et Arnaud, sur un coup de tête, la rejoindra.

Cette première moitié de film se concentre sur l’évolution de la relation entre les deux personnages, et je dois admettre qu’elle est particulièrement réussie. Le personnage d’Arnaud est excessivement attachant et plaisant, et l’acteur Kévin Azaïs est pour moi la grande révélation de ce film. La fille, très antipathique, devient un peu plus attachante car on la croit un peu timbrée. L’humour, omniprésent, rend tout cela très décalé, nouveau, rafraichissant. L’histoire d’amour est évidente mais traitée avec beaucoup de pudeur, de discrétion, comme si on cherchait à filmer une histoire d’amour sans se l’avouer. C’est à la fois plaisant et déstabilisant.

! Attention, spoilers !

La deuxième moitié du film commence avec le stage à l’armée. Et force est de constater qu’à partir de là, le film ne fait que se dégrader. Entre Arnaud qui se fait remarquer comme un bon élément par les sergents instructeurs et Madeleine qui ne supporte finalement pas l’autorité et est très déçue par les enseignements dispensés, le film s’embourbe dans une répétition de scènes très cyclique et prévisible. Arnaud est gentil et fait des trucs biens, Madeleine est méchante, grande gueule, ne s’intègre pas et se retrouve en commission disciplinaire.

Leur histoire d’amour commence à s’affirmer à partir de là, jusqu’au « plot twist » que je ne spoilerais pas au cas où vous ayez encore envie d’aller voir ce film.

Ce qui m’a vraiment déçue dans ce film, c’est l’absence totale d’évolution dans le personnage de Madeleine, alors que c’est ce qui, à mon avis, aurait apporté quelque chose au film. La fin semble bâclée, sortie de nulle part ; à la fois prévisible mais complètement inattendue, comme si le réalisateur avait cherché désespérément à trouver le point final de son long métrage et l’avait foutu un peu n’importe où.

Finalement, si Les Combattants reste un long métrage assez court (1h38), il réussit quand même à s’embourber et n’a pas tenu les promesses de sa première moitié. Pour moi, il a souffert d’un manque de développement et d’un enlisement dans le scénario qui le dessert. L’humour et le ton décalé du début se perd en route, et ça, c’est vraiment dommage. Une fin plus violente, peut-être une fin triste ou plus brutale aurait amené plus de relief à ce film mais le malheur ne se vend plus, alors… Bref, une déception, surtout dans le dernier quart.

Ça reste à voir pour son originalité, l’impression de fraîcheur et de nouveauté qui s’en dégage et surtout, pour la révélation qu’est le jeune Kévin Azaïs

 

Amy.


Les Combattants, film français sorti dans les salles le 20 août 2014, réalisé par Thomas Cailley, produit par Pierre Guyard, écrit par Thomas Cailley et Claude Le Pape. Avec Kévin Azaïs et Adèle Haenel.
Musique par Lionel Flairs, Benoît Rault et Philippe Deshaies, montage par Lilian Corbeillle. Directeur de photographie : David Cailley

Distribué par Haut et Court.

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1 commentaire

  1. Interpellé par le début de ton texte … : « films pseudo-intellos sensés nous faire réfléchir sur le sens de la vie ou sa vacuité profonde » …. j’ai lu ta critique dont je ne partage pas la sévérité mais que je peux comprendre. Tu parles d' »absence dévolution » – je pense que Miss Adèle joue tout simplement le « décrispage » de son personnage, les trouvailles du sourire, l’ouverture à l’autre par rapport au personnage de « combattant solitaire » qu’elle est au début, en pestant contre tout le monde….

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